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St Pétersbourg, mon amour !

St Pétersbourg, mon amour !

  • Auteur: Gaël et Ronan
  • Date: 5 Août, 2017
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C’est le Visa en poche, précieux sésame obtenu à Stockholm et les vélos et sacoches laissés à Helsinki, que nous montons dans le train pour Saint-Pétersbourg l’esprit et les sacs plus légers. 3H30 de voyage et plusieurs contrôles plus tard, nous voilà en Russie ! A peine sortis de la gare, nous sommes heureux d’être à pied à la vue du nombre et de la vitesse des voitures.

Après la traversée de la large Neva, rivière autour de laquelle la ville s’est développée, nous prenons nos quartiers à l’hôtel Polosaty, fort conviviale auberge, où nous rencontrons trois français, Etienne, Claudia et Mounia, avec qui nous partagerons une partie de notre séjour russe. Pour cette première soirée, nous nous contenterons en mise en bouche d’une découverte nocturne des belles façades du quartier dont les larges avenues offrent le recul nécessaire pour les apprécier.

Dès ces premiers pas, nos à priori sur une architecture russe, grise et froide, un coût de la vie similaire au nôtre, et une ville d’une taille modeste se visitant aisément en une semaine sont balayés. A la place se tiennent des bâtiments colorés et ornementés n’ayant rien à envier aux demeures haussmanniennes, des prix bien loins de ceux de Paris pour un attrait touristique et un nombre d’habitants équivalent. Saint-Pétersbourg est sans conteste un des témoins majeurs de la puissance et de la culture russe.

C’est équipé de nos vestes imperméables, de parapluies (les averses sont malheureusement fréquentes en été) et d’une bonne paire de chaussures (la ville est vaste) que nous nous lançons pleinement dans la visite de Saint-Pétersbourg. La ville s’articule autour de la place du Palais, où trône au centre la colonne d’Alexandre Ier. C’est peut-être pour se prémunir de la chute de ce cylindre de pierre dont la masse justifie l’absence de fondation que cette place est si étendue. Le nom de cette dernière résulte de la présence au Nord du célèbre Palais d’Hiver, immense édifice à la façade verte, abritant aujourd’hui une partie du musée de l’Hermitage. Le reste des œuvres est hébergé en face dans une aile du palais de l’État Major, l’autre aile étant encore utilisée par l’armée. La démesure de l’arche, surmontée d’un quadrige romain et ouvrant le milieu de sa façade jaune en arc, en ferait presque oublier ses fonctions et les trésors qu’il renferme. Bien que traversant cette place à de nombreuses reprises de par sa position centrale, nous n’aurons pas le temps de pénétrer dans ce rival du Louvres la bordant.

A proximité immédiate, la flèche en or très élancée et la façade jaune vif de l’Amirauté sont immanquables. Pas de visite possible, mais cet ancien collège amiral impérial russe possède d’agréables jardins.

Ceux-ci peuvent mener jusqu’au Cavalier de Bronze, imposante statue du premier Tsar et fondateur de Saint-Pétersbourg, Pierre le Grand, représenté sur son cheval cabré, terrassant un serpent. Après l’avoir photographié sous toutes les coutures, nous esquivons les quelques pièges à touristes et nous dirigeons vers la cathédrale Saint-Isaac toute proche, dont le sommet de sa coupole en rénovation lui donne une curieuse apparence. Malgré tout, les colonnes qui la composent ainsi que celles de son fronton sont parfaitement visibles, sans pour autant alléger la massivité de l’édifice.

L’intérieur est tout simplement à couper le souffle ! On pourrait passer des heures à regarder le détail des nombreuses mosaïques, préférées aux peintures pour leur résistance à l’humidité. Entre chacune, les murs blancs finement travaillés sont couverts de moulures entièrement dorés, sans pour autant alourdir l’ensemble. L’iconostase n’est pas en reste, surtout ses colonnes bleues en lapis-lazuli et vertes en malachites qui conduisent notre regard vers l’éclat lumineux produit par la représentation de Jésus sur un vitrail du chœur. De part et d’autre, se tiennent deux portes en bronze sculptées d’innombrables personnages, pesant chacune près de six tonnes. Pour conclure en beauté cette visite incontournable, l’ascension menant au balcon de sa coupole offre un des rares panoramas sur Saint-Pétersbourg, nous faisant réaliser l’importance de la rivière Neva et l’égale hauteur des toits entremêlés, formant une ligne dont seules dépassent les silhouettes des bâtiments religieux.

Une fois la Neva franchie, la forteresse Saint-Pierre-et-Paul, au Nord, constitue le berceau de la ville, bâtie en 1703 par Pierre le Grand. Aujourd’hui, les nombreux bâtiments qui la composent se visitent, à commencer par la cathédrale éponyme, identifiable grâce à sa flèche dorée surmontée d’un ange. Jouant le rôle de nécropole impériale, on y trouve ainsi le tombeau de presque tous les empereurs et impératrices russes, dont celui de Pierre Le Grand lui-même. Ceci justifie probablement la richesse et la finesse des décorations du chœur entièrement recouvert de dorures, difficilement approchable au vue des nombreux touristes. La très claire chapelle grand-ducale, où certaines personnalités continuent aujourd’hui encore à y être enterrées, attire beaucoup moins les foules.

Il est également possible de grimper sur le bastion de la forteresse, où nous ne ferons qu’y observer l’assourdissant coup de canon tiré tous les jours à 12h. De nombreux musées sont également hébergés dans la forteresse mais faute de temps, nous nous concentrons sur « L’histoire de Saint-Pétersbourg de 1703 à 1918 ». Bien qu’assez peu pédagogique et pas toujours en anglais, cette exposition permet d’avoir un aperçu, au travers d’objets divers et reconstitutions, des rôles commercial, politique, économique et financier de la ville, ou encore du quotidien des citadins suivant l’évolution de la mode, de l’architecture, des transports,.. Autre visite possible dans la forteresse, celle des cellules de la prison de la citadelle, ayant hébergé de nombreux décembristes.

Toujours sur la même rive de la Neva, on trouve la mosquée de Saint-Pétersbourg, facilement repérable grâce à son immense dôme bleu, mais dans laquelle nous n’avons pu pénétrer pour cause de rénovation.

Tout proche, nous nous sommes par contre offert le musée d’Histoire Politique de Saint-Pétersbourg, plongeant ainsi dans les marquantes périodes propres à la Russie que sont le régime tsariste, la révolution décembriste de 1825, celle de 1905, ou encore la révolution bolchévique de 1917, avec bien sûr les enjeux et conséquences de chacune. Une importante part est consacrée à la vie sous Staline et sous le communisme russe. Voilà encore de quoi nous aider à mieux comprendre Saint-Pétersbourg, mais également la Russie, dont nous étions loin de connaître l’histoire par cœur !

Après tant de concentration, un bol d’air s’impose au Summer Garden. Ce jardin, situé à deux pas du Palais d’Hiver et abritant cette fois le modeste palais d’été, est aménagé autour d’une allée centrale, ponctuée de fontaines pour la plupart décorées de statues. Celle-ci distribue des bosquets d’ambiances différentes, qui sont autant jardin potager parfaitement tenu, parterre à la française, bassin apprécié des volatiles ou pergola verdoyante. C’est l’atmosphère apaisante de cet aménagement réussi qui nous donnera envie de prolonger le plaisir autour d’un café à la mignonne «Coffee House ». Le jardin se termine par le géométrique étang à carpes, ouvrant l’espace dégageant ainsi la vue sur le château Mikhailovsky, dont la flèche encore une fois dorée brise la symétrie de sa façade orange. Le champ de Mars attenant est quant à lui moins agréable, avec ses grands espaces un peu vides et ses allées uniquement ponctuées de bancs.

A proximité, on trouve une des plus belles cathédrales de la ville, Saint-Sauveur-Sur-le-Sang-Versé. Son nom surprenant fait référence à l’assassinat de l’empereur Alexandre II, en 1881, alors qu’il naviguait sur le canal Griboïedov. Détail étonnant, son sanctuaire empiète sur l’eau afin de se situer à l’emplacement exact du crime. L’originalité architecturale de l’extérieur ne peut laisser personne indifférent : l’association des briques, marbres ou encore mosaïques de couleurs qui composent sa façade et ses bulbes, si caractéristiques des églises orthodoxes, la rend difficilement oubliable. L’intérieur, à l’instar de celui de St-Isaac est époustouflant ! Du sol au plafond, tout est recouvert de mosaïques représentant des scènes bibliques. Jésus en personne nous surveille du plafond de la coupole centrale. L’iconostase comme le ciborium sont richement fait de pierres semi-précieuses, de marbre d’Italie ou de pierres dures de l’Oural. On ne sait où donner de la tête face à cette incomparable décoration où même les encadrements sont si richement détaillés qu’ils volent parfois la vedette aux œuvres majeures, brouillant un peu la hiérarchie des symboles.

L’artère Nevsky partant de la place du Palais mène au monastère du même nom. Celui-ci nous a déçu, bien que la taille de l’ensemble paraissait prometteur. Les arbres de la trop grande cour centrale, en plus d’être implantés de manière anarchique, nous font oublier, en masquant les bâtiments en vis-à-vis, que nous sommes dans un espace clos. Contrairement aux trois lieux de culte visités précédemment, l’église du couvent n’est pas un musée et la pratique religieuse y est donc très active. Par conséquent, le touriste se doit de respecter l’interdiction de photographier son intérieur, mais n’en soyez pas attristés, sa décoration est assez vétuste, faute de moyens. Mais par chance, ce n’est pas le cas dans la cathédrale orthodoxe de Kazan, située au milieu de l’avenue. Dans un style très différent, sa façade en arc de cercle est principalement composée de piliers, avec en son centre un fronton surmonté d’un dôme. Des colonnes, on en retrouve également à l’intérieur, pour soutenir un plafond aux voûtes savamment décorés de fleurs sculptées. Pour rejoindre le centre-ville, on peut alors suivre la Neva, en passant par le couvent Smolny, dont la cathédrale et les annexes forment un ensemble de style identique, blanc et bleu ciel.

Retour à la verdure avec deux parcs très différents, situés de part et d’autres de la place du Palais. A l’est, on trouve le jardin du palais de Tauride, aménagé autour de deux étangs reliés par un pont. Un monument au héros de la Seconde Guerre Mondiale y est également érigé en son centre. A l’ouest, une petite île triangulaire, baptisée Nouvelle-Hollande, a été récemment réaménagée en un parc où l’on peut choisir entre farniente sur un transat, partie de tennis de table ou café en terrasse.

Elle appartient actuellement au très riche Roman Abramovitch, qui souhaite diversifier l’offre en y ajoutant à terme un musée d’art moderne et des boutiques de luxe.

Avant de conclure, il est impossible de ne pas évoquer notre journée au Palais Peterhof, situé à environ 25 kilomètres du centre-ville, au sud du Golfe de Finlande. Erigé sous la direction de Pierre le Grand, il devait concurrencer Versailles, rien que ça ! Ce n’est pas l’entrée par le jardin supérieur et la vision de sa façade Sud qui permettent la comparaison avec le château de Louis XIV. L’entrée à l’intérieur du palais se fait par la façade Nord, obligeant le visiteur à le contourner. Il découvre alors la Grande Cascade, pièce maîtresse du jardin inférieur, semblant ainsi offrir à Peterhof un début de rapprochement possible avec la demeure du Roi Soleil.

Nous en attendions peut-être trop, et c’est avec une étonnante rapidité et légèrement déçu que nous en sortons, espérant que le jardin inférieur se révèle être à la hauteur de notre première impression. Il faut toutefois avouer que les décorations en stuc, les plafonds polychromes, les murs recouverts de feuilles d’or et la marqueterie des parquets ne sont pas celles d’un palais quelconque. La poursuite de la promenade n’est que profusion de fontaines, toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Le canal de la Grande Cascade, qui se prolonge jusqu’à la mer, partage les superbes broderies de la partie inférieur en deux. En s’éloignant du palais, le domaine devient un parc arboré, où les fontaines demeurent présentes. De formes et de jets divers, nous gardons un souvenir prégnant de la fontaine de l’échiquier, dont l’eau en son sommet dévale trois damiers noirs et blancs avant de se jeter dans un bassin en contrebas de la colline.

C’est en remontant vers le château par l’un des escaliers situés de part et d’autre de la chute d’eau principale que nous découvrons les points de vue saisissant sur ce palais au façades jaunes de style baroque qui, quand on arrive par la mer, permettent la comparaison avec Versailles. Pari partiellement réussi.

Les soirées pétersbourgeoises, offre sur les bords de la Neva un spectacle des plus insolites. En effet, la remonté de la rivière par les bateaux, principalement commerciaux, nécessitent la levée de ses ponts. L’événement, attirant de nombreux touristes, autant sur ses rives que sur l’eau, se fait en musique et lumière. La vision des lampadaires à l’horizontal rend le spectacle un peu atypique, mais il faut marcher au pas de course pour les voir tous se dresser.

Nous ne détaillerons pas plus les nombreuses autres cathédrales orthodoxes visitées, plus ou moins richement décorées, ni les nombreuses façades des quais de la Neva, qui contribuent à la beauté de Saint-Pétersbourg.

Si vous avez trouvé le courage de lire l’intégralité de cette article, vous aurez compris que Saint-Pétersbourg, dont la réputation n’est pas galvaudée, est une ville que nous avons adoré, autant pour son ensemble architecturale cohérent que la splendeur de ces bâtiments caractéristiques. La place du Palais constitue le cœur de la ville, avec la forteresse, d’où on rayonne pour admirer les époustouflantes cathédrales Saint-Isaac ou Saint-Sauveur-Sur-le-Sang-Versé, les parcs avoisinants, notamment le splendide Summer Garden, ou encore les multiples musées. Pour ceux qui disposent d’un peu de temps, accordez-vous une journée pour visiter le Palais de Peterhof, et surtout ses jardins, et restez éveillés un soir pour admirer la levée des ponts. N’ayez pas peur non plus de vous éloigner de ces incontournables pour plonger dans le quotidien de ses habitants vous faisant ainsi un peu plus ressentir l’âme de Saint-Petersbourg qui rend cette ville unique.

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